Ressentir très fort ne veut pas dire que la relation est juste.

On dit souvent : « L’amour rend aveugle. »

Je ne suis plus vraiment d’accord.

Je crois que l’amour peut, au contraire, nous rendre extrêmement lucides.

Ce qui brouille parfois notre discernement, c’est autre chose :

Le manque.
La peur de perdre.
Le besoin d’être choisie.
L’intensité.
L’incertitude.
L’attente.
Le soulagement lorsque l’autre revient.

Bref…

Le shoot émotionnel.

Parce qu’on peut ressentir énormément pour quelqu’un tout en sachant, au fond de soi, que la relation n’est pas juste.

Je le sais parce que je l’ai vécu.

Je n’étais pas aveugle. Je voyais l’asymétrie. Pourtant, je continuais à porter le lien.

Quand l’intensité ressemblait à de l’amour

J’ai commencé à vivre cette confusion avec Gilles.

Je sortais alors d’une relation de quatre ans et demi. L’attirance que je ressentais pour lui était très forte. Elle s’accompagnait même de sensations énergétiques nouvelles, qui allaient bien au-delà de la simple libido.

Quelque chose s’activait puissamment en moi.

Pourtant, je savais déjà que nos valeurs et nos visions de la vie n’étaient pas en adéquation. Je savais que cela construirait une relation asymétrique.

Je n’ai donc jamais réellement cru à cette relation.

Voilà toute la subtilité : ma conscience voyait que nous ne pouvions pas construire ensemble, tandis qu’une partie de moi restait happée par l’intensité du lien.

Lorsqu’il revenait, je ressentais une sorte de montée d’adrénaline.

Lorsqu’il s’éloignait, je ressentais une profonde solitude.

À cette époque, j’étais persuadée que personne ne pourrait m’aimer pour qui j’étais réellement, au-delà des apparences et des jeux de séduction prédateurs.

L’attente occupait beaucoup trop de place dans mes journées. Alors, je m’engouffrais dans le travail pour oublier.

Mon corps, lui, exprimait ce que j’essayais de contenir : de la lourdeur et du brouillard mental.

Je savais que cette relation n’était pas faite pour être construite telle quelle. Pourtant, j’attendais encore quelque chose d’elle : être aimée et reconnue.

Ce que j’appelais amour

À cette époque, j’appelais « amour » cette attirance très forte.

Aujourd’hui, je fais une différence entre l’intensité émotionnelle et l’amour.

L’émotion monte, descend, agite, transporte. Elle peut être immense sans nous indiquer si une relation est juste pour nous.

L’amour, pour moi, n’est ni une émotion ni un simple affect.

Je le ressens comme une vibration de tendresse. Une manière de se sentir reliée à l’autre et, à travers lui, à la même chose : le Tout, le vivant. Il porte aussi une forme d’équanimité.

Cette distinction change tout.

Je peux éprouver de la tendresse pour quelqu’un sans être capable de construire une relation avec lui.

Je peux aimer sans transformer ce sentiment en obligation de rester, d’attendre ou de me trahir.

L’amour peut être présent sans que la relation soit juste.

Partager les mêmes sujets ne signifie pas construire la même vie

Avec Gilles, nous aimions parler des mêmes sujets.

Cette proximité donnait de la profondeur à nos échanges. Elle nourrissait le lien et l’impression que quelque chose d’important nous réunissait.

Mais aimer parler des mêmes choses ne signifie pas partager les mêmes valeurs ni la même vision de la vie.

Nous pouvons nous rejoindre dans les idées et rester incompatibles dans notre manière d’habiter une relation.

Nous pouvons ressentir une connexion très forte sans savoir créer un quotidien commun.

Nous pouvons nous reconnaître sur certains plans et construire malgré tout une relation profondément asymétrique.

Une relation ne se mesure pas seulement à la qualité des conversations ou à la puissance de l’attirance.

Elle se révèle aussi dans des faits très simples :

Qui prend des nouvelles ?

Qui entretient la communication ?

Qui cherche à comprendre l’autre ?

Qui maintient le lien vivant ?

Qui prend sa part lorsque l’intensité retombe ?

Qui fait des sacrifices matériels et de projet ?

C’était toujours moi qui venais prendre de ses nouvelles

Dans cette relation, je portais la communication.

C’était toujours moi qui venais prendre de ses nouvelles.

Je portais également la compréhension de l’autre, le maintien du lien et sa dimension spirituelle.

Et surtout, je portais l’espoir.

L’espoir était probablement ce qu’il y avait de plus difficile à déposer. C’était même, avec le recul, le plus chiant.

Parce que l’espoir entretient une possibilité. Il nous invite à regarder ce qui pourrait être plutôt que ce qui existe réellement.

Tant que j’espérais, je continuais à donner mon énergie à la relation.

Puis j’ai cessé de prendre de ses nouvelles et de maintenir le lien à sa place.

La relation s’est terminée sans aucune explication, par un ghosting.

Ce silence m’a montré ce que je ne pouvais plus contourner :

La relation reposait principalement sur mon énergie.

Lorsque j’ai arrêté de la porter, elle n’a pas été reprise par l’autre. Elle s’est arrêtée.

Mon retrait n’a pas détruit une construction commune. Il a révélé l’absence de construction commune.

L’espoir peut nous attacher davantage à une possibilité qu’à une réalité

Tu sais qu’il communique peu.

Tu sais que tu portes davantage que lui.

Tu sais que les valeurs ou la vision de la vie ne sont pas réellement partagées.

Tu sais que cette relation t’alourdit.

Mais tu vois également sa sensibilité, vos points communs et ce que la relation pourrait devenir si certaines choses changeaient.

Alors, tu continues à nourrir une possibilité.

Tu ne vis plus seulement la relation telle qu’elle existe.

Tu vis aussi avec son potentiel.

Or, le potentiel d’une personne n’est pas sa capacité présente.

Tu peux percevoir ce qu’elle pourrait devenir, mais tu ne peux pas l’incarner à sa place.

Tu peux voir la profondeur qu’elle porte, mais ta relation se vit avec ce qu’elle choisit d’en faire aujourd’hui.

Voir le potentiel de quelqu’un ne signifie pas qu’il est présent à ce potentiel.

Une relation ne se construit pas avec ce que l’un perçoit et que l’autre n’habite pas.

Le shoot émotionnel peut nous faire confondre instabilité et passion

Lorsqu’une relation alterne proximité, éloignement, solitude et retour, notre corps peut commencer à attendre la prochaine montée émotionnelle.

Un message prend une place immense.

Un silence devient lourd.

Un retour provoque une poussée d’adrénaline.

Le soulagement est alors si puissant que nous pouvons y voir la preuve de l’amour.

Pourtant, ce soulagement indique parfois surtout la fin momentanée du manque.

L’intensité ne dit pas si deux personnes savent communiquer.

Elle ne dit pas si elles partagent les mêmes valeurs.

Elle ne dit pas si chacune prend sa part.

Elle ne dit pas si la relation peut être habitée au quotidien.

Elle dit seulement que quelque chose de puissant est activé.

Et ce quelque chose mérite d’être ressenti sans être automatiquement transformé en destinée relationnelle.

Aimer ne suffit pas pour savoir construire ensemble

Nous aimerions parfois que la force de nos sentiments garantisse la justesse d’une relation.

Mais l’amour n’est pas une compétence relationnelle.

On peut aimer et ne pas savoir communiquer.

Aimer et fuir lorsque le lien devient difficile.

Aimer et ne pas savoir poser ou respecter des limites.

Aimer et laisser l’autre porter toute la relation.

Aimer et ne pas être capable de construire ensemble.

L’amour peut être là.

Et malgré cela, la relation peut être inhabitable.

C’est une vérité difficile, car elle ne permet ni d’idéaliser l’autre ni d’en faire un monstre.

Elle demande simplement de regarder ce qui existe.

Aimer, c’est créer une dyade

Aujourd’hui, aimer signifie pour moi se relier à l’autre en gardant son propre monde, puis choisir de le partager.

Un plus un égale trois.

Il y a toi.

Il y a moi.

Et il y a le monde que nous choisissons de créer ensemble : la dyade.

Ce troisième espace ne demande à personne de disparaître dans l’autre. Il demande deux présences, deux choix et une direction commune.

Il demande également un partage équitable.

Si une seule personne communique, comprend, espère et maintient le lien, elle ne construit pas une dyade. Elle tente de faire vivre seule un monde prévu pour deux.

Aimer d’égal à égal, ce n’est pas donner exactement la même chose au même moment.

C’est reconnaître que chacun porte une responsabilité réelle dans l’existence du lien.

Aimer doit aussi être pragmatique

Le mot peut faire tiquer.

Pragmatique.

Comme si regarder les faits retirait quelque chose à l’amour.

Je pense aujourd’hui l’inverse.

Un amour mature devrait pouvoir se demander :

Est-ce que cette relation fonctionne réellement ?

Est-ce que chacun prend sa part ?

Est-ce que je peux être moi ici ?

Les actes rejoignent-ils les paroles ?

Cette personne est-elle présente à ce qu’elle dit vouloir ?

Est-ce que je partage une relation ou est-ce que je maintiens un lien ?

Que se passe-t-il si j’arrête de porter pour deux ?

Ce ne sont pas des questions froides.

Ce sont des questions qui permettent au cœur de rester relié à la réalité.

Revenir aux faits

Pour retrouver du discernement, je trouve utile de distinguer les faits de ce que nous imaginons à leur sujet.

Fait : c’est toujours moi qui prends de ses nouvelles.

Interprétation : il pense sûrement à moi, mais il ne sait pas comment revenir.

Fait : lorsque je cesse de relancer, la communication s’arrête.

Interprétation : il a peur de l’intensité de ses sentiments.

Fait : nos valeurs et nos visions de la vie ne sont pas en adéquation.

Interprétation : avec assez d’amour et de temps, nous finirons par construire la même chose.

L’interprétation n’est pas toujours fausse. Mais elle ne peut pas servir de fondation à une relation.

Une relation se construit avec des présences, des décisions et des actes observables.

Que reste-t-il lorsque tu arrêtes de compenser ?

Arrête un instant de :

  • Relancer.

  • Maintenir la conversation.

  • Chercher des explications.

  • Comprendre à la place de l’autre.

  • Donner un sens spirituel au silence.

  • Porter l’espoir pour deux.

Puis regarde.

L’autre vient-il prendre de tes nouvelles ?

Prend-il sa part du lien ?

Existe-t-il encore une relation lorsque tu ne l’alimentes plus seule ?

La réponse peut faire mal.

Mais elle rend une énergie immense : celle que tu consacrais à maintenir artificiellement une possibilité.

Poser le lien au sol ne nie pas l’amour

Lorsque j’ai compris que cette relation reposait sur mon énergie, j’ai pu cesser de la porter.

Cela n’a pas effacé ma tendresse.

Aujourd’hui encore, je peux reconnaître que j’aime cette personne tout en constatant que la relation, sous cette forme, ne fonctionne pas.

J’ai toujours de la tendresse pour lui.

Mais je respecte mes choix.

Je n’ai pas besoin de nier l’amour pour choisir une relation qui me respecte. Je n’ai pas besoin non plus de dévaloriser l’autre pour regarder sa capacité présente.

Poser le lien au sol m’a apporté une immense liberté d’être.

J’ai compris que je pouvais cesser d’attendre sans cesser d’aimer.

De l’attente d’être aimée à la joie d’aimer être

La limite la plus importante que je pose aujourd’hui commence à l’intérieur.

Je regarde au plus profond de moi l’intention qui conduit mon geste.

Lorsque j’ai envie d’écrire, de revenir, de donner ou de patienter, je me demande :

Est-ce que je fais cela dans l’espoir d’être aimée ?

Ou :

Est-ce que j’aime être et que j’ai réellement envie de partager ce que je suis avec cette personne ?

Extérieurement, le geste peut sembler identique.

Intérieurement, il ne naît pas du même endroit.

Dans le premier cas, je cherche chez l’autre la confirmation de ma valeur.

Dans le second, je viens entière à la rencontre et je regarde si l’autre choisit lui aussi de partager.

Je ne cherche plus seulement quelqu’un qui m’aime.

Je cherche une relation dans laquelle nous pouvons aimer être ensemble.

Ma paix intérieure est devenue mon ancre

Je reconnais désormais une relation habitable à ma paix intérieure.

Cette paix n’est pas l’absence de conflit.

Elle n’est pas une mer figée, sans vague et sans émotion.

Elle est la capacité de surfer sur toutes les émotions de la vie sans me perdre en elles.

Je ne suis ni mes émotions ni mes pensées. Je suis aussi la conscience capable de les accueillir, de les traverser et de choisir une direction.

Une relation vivante peut remuer, confronter et révéler.

Mais elle ne devrait pas m’obliger à quitter continuellement mon centre pour survivre à son intensité.

Ma paix ne me sert pas à éviter la relation.

Elle m’indique si je peux l’habiter en restant présente à moi-même.

Le discernement n’est pas l’ennemi du cœur

Le cœur ressent.

Le discernement regarde.

L’un n’a pas besoin de réduire l’autre au silence.

Tu peux aimer profondément quelqu’un et voir clairement sa capacité présente.

Tu peux ressentir énormément et reconnaître que la relation n’est pas juste pour toi.

Tu peux percevoir le potentiel d’une personne sans organiser ta vie autour de ce potentiel.

Tu peux conserver ta tendresse et dire non.

Tu peux aimer sans te trahir.

Ce que je dirais aujourd’hui à la femme que j’étais

Je lui dirais :

Ta souffrance ne vient pas de ta capacité à aimer. Elle vient de l’attente d’être aimée à travers ce lien.

Tu es là pour aimer, aimer être, puis partager cet amour avec ceux qui choisissent de le vivre avec toi, d’égal à égal.

J’ai longtemps cru que l’amour était le fait d’être aimée.

Aujourd’hui, je sais qu’aimer, c’est la tendresse de vivre ensemble dans un partage équitable, d’égal à égal.

Alors, la question n’est plus seulement :

« Est-ce que je l’aime ? »

Elle devient :

« Est-ce que notre manière de nous aimer est compatible avec la vie que je veux construire ? »

Parce qu’on peut aimer quelqu’un très fort et ne pas savoir vivre avec lui.

On peut ressentir une intensité vertigineuse et construire très peu.

On peut aussi ressentir davantage de paix et créer un lien beaucoup plus vivant.

L’amour ne devrait pas être seulement ce que quelqu’un active en toi.

Il devrait pouvoir devenir quelque chose que vous êtes réellement capables d’habiter ensemble.

Ressentir très fort ne veut pas dire que la relation est juste.

Cela veut seulement dire que tu ressens très fort.

La suite se regarde dans la réalité.

Et si tu apprenais à aimer sans te quitter ?

Si tu te reconnais dans ces relations où tu ressens beaucoup, espères longtemps et finis par porter le lien presque seule, j’ai créé la master class Aimer sans te trahir.

Un espace pour revenir aux faits, écouter ce que ton corps sait déjà et distinguer l’amour de l’attente d’être aimée.

Parce qu’aimer ne devrait jamais te demander de t’abandonner en chemin.

Découvrir la master class “Aimer sans te trahir”

Ici, nous ne cherchons pas à aimer moins.

Nous apprenons à aimer d’égal à égal, sans nous perdre dans l’autre.

Adeline Petit

Que nos égos deviennent égaux.

Adeline PETIT

Coach de Vie, auteur et entrepreneur en intelligence émotionnelle.

https://www.phoenixadelinepetit.com
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