Pourquoi ai-je peur d’être égoïste quand je pense à moi ?

Tu es fatiguée, mais tu réponds quand même.

Tu as besoin de silence, mais tu restes disponible.
Tu aimerais créer, dormir ou simplement respirer… pourtant, tu commences par t’occuper des besoins des autres.

Lorsque tu envisages enfin de penser à toi, une petite voix surgit :

« Tu es égoïste. »

et / ou

Ton corps agit par reflexe tu laisses tout tomber et tu t’occupes des autres.

et / ou

Tu as toujours une relation qui a besoin de toi amitié ou ton partenaire. Toujours se besoin de s’occuper de quelqu’un et pensée à quelqu’un et ton attention et tournée vers lui à plus 100%.

Alors tu repousses ton besoin. Tu te forces encore un peu. Tu avances jusqu’à ce que ton corps n’ait plus la force de murmurer et commence à crier.

J’ai longtemps vécu ainsi.

Je croyais que tenir prouvait ma valeur. Que me rendre utile prouvait mon amour. Que me reposer pendant que d’autres avaient besoin de moi faisait de moi une mauvaise personne.

Aujourd’hui, j’ai compris autre chose :

L’amour n’est pas l’oubli de soi.

Quand aimer signifie se sacrifier

Dans mon enfance, choisir ce que je voulais pouvait déclencher des menaces, des cris, des insultes, des claques ou du chantage affectif.

Certaines phrases revenaient :

« Si on a acheté cette maison, c’est pour vous. »

« Si on a acheté ce commerce, c’est pour vous. »

“ Tu aimes plus ton pére que moi’

“ Tu choisis toujours ton père'“

Et d’autre.

Ces paroles créaient une dette invisible.

Le choix d’un adulte devenait une responsabilité portée par l’enfant. Puisque mes parents avaient fait tout cela « pour nous », je devais répondre à leurs attentes, participer, travailler et montrer ma reconnaissance.

Mon père utilisait davantage les cris, les insultes et la violence physique.

J’ai ainsi grandi avec une loi intérieure assez simple :

Tu avances, même lorsque tu souffres.

Une forme de « marche ou crève » intégrée très tôt.

La fatigue ne constituait pas une raison valable pour s’arrêter. La maladie invitait à détourner le regard et à continuer. Les limites du corps devenaient des obstacles à dépasser plutôt que des messages à écouter.

Penser à moi pouvait alors ressembler à une trahison.

Être une bonne personne en faisant toujours davantage

Je n’ai pas le souvenir précis d’une personne m’ayant directement traitée d’égoïste.

Je n’en avais peut-être même pas besoin.

Le mécanisme vivait déjà en moi.

Pour prouver que j’étais une bonne personne, je rendais service. Je donnais de mon temps, de mon énergie et parfois de mon argent.

Je pouvais accomplir les tâches administratives des autres, garder leurs enfants, faire du ménage ou rester disponible pour écouter pendant des heures.

À première vue, chacun de ces gestes peut être généreux.

Le déséquilibre apparaît lorsque le geste ne vient plus d’un choix libre, mais de la peur de décevoir, de perdre le lien ou de sembler indifférente.

Le même acte peut naître de deux endroits très différents :

« Je t’aide parce que je le choisis et que j’en ai la capacité. »

ou :

« Je t’aide parce que j’ai peur que tu ne m’aimes plus si je refuse. »

Le premier geste crée du lien.

Le second peut progressivement créer de l’épuisement, de la colère et une dette que personne n’a clairement nommée.

Deux mois de vacances… et une culpabilité immense

Après presque quatre années sans véritables vacances, j’ai pris deux mois pour moi.

Deux mois de repos.

Vu de l’extérieur, cela pouvait sembler simple ou même agréable. Pour moi, ce choix a déclenché une culpabilité immense.

Elle m’a littéralement torturée.

J’étais devenue mon propre bourreau du travail.

Personne n’avait besoin de me poursuivre avec un chronomètre. J’avais intégré la surveillance. Même au repos, une partie de moi répétait que je devais produire, travailler ou mériter ce temps.

Mon corps s’arrêtait enfin, mais mon mental continuait à courir autour de lui en agitant une liste de choses à faire de la culpabilité d’être pas rentable et inutile.

Ces deux mois ont révélé à quel point la violence du « marche ou crève » peut continuer à vivre en nous longtemps après avoir quitté le contexte qui l’a créée.

Nous pouvons nous offrir du repos tout en nous interdisant intérieurement de le recevoir.

Nous pouvons nous asseoir sans réellement nous déposer.

Nous pouvons prendre soin de nous tout en nous jugeant à chaque respiration.

Voilà pourquoi le repos ne consiste pas seulement à cesser une activité. Il demande parfois de réapprendre à écouter son corps sans transformer chacun de ses besoins en procès pour égoïsme.

Prendre soin de soi commence par les besoins essentiels.

Prendre soin de moi signifie aujourd’hui écouter les besoins primaires de mon corps.

La fatigue.
La faim.
Le besoin de mouvement.
Le silence.
Le sommeil.
La créativité.
Le besoin de ralentir ou de rester seule.

Ces besoins paraissent simples. Pourtant, lorsqu’on a appris à les dépasser ou à les ignorer, les écouter devient presque un acte révolutionnaire.

Le corps ne cherche pas à saboter nos projets.

Il nous renseigne sur nos ressources présentes. Il nous indique ce qui demande du repos, de la nourriture, de l’expression ou une limite.

L’écouter ne signifie pas obéir automatiquement à chaque envie. Cela signifie entrer en relation avec lui.

Nous ne sommes ni nos émotions ni nos pensées. Nous sommes aussi la conscience qui peut les accueillir, les orienter et choisir une réponse ajustée.

Penser à soi commence donc par cette présence :

« Que se passe-t-il réellement en moi, maintenant ? »

Prendre soin de soi ou devenir égoïste ?

Penser à soi ne signifie pas agir comme si les autres n’existaient pas.

Pour moi, l’égoïsme apparaît lorsque je me place en position de domination : je considère que mes besoins comptent davantage parce que je me crois meilleure, plus importante ou plus méritante que l’autre.

Prendre soin de moi cherche une autre place.

Je considère l’autre sans le placer sur un piédestal. Je prends également ma place sans lui demander de s’effacer.

Je regarde l’ensemble de la situation : mes besoins, les siens, mes ressources, ses responsabilités, les conséquences possibles et la réalité de notre lien.

Une relation équilibrée ne demande ni sacrifice permanent ni domination.

Elle invite chacun à devenir responsable de sa part.

C’est là que nos égos peuvent devenir égaux.

Pour distinguer les différentes positions, tu peux observer :

  • Le sacrifice : je m’oublie pour préserver le lien.

  • La domination : j’impose mon besoin en considérant que l’autre compte moins.

  • L’équité : je respecte mon besoin tout en reconnaissant l’existence et la dignité de l’autre. Nos besoins se rencontrent alors dans un partage équitable et respectueux.

L’équité ne promet pas que tout le monde sera satisfait.

Elle permet de chercher une réponse juste sans abandonner l’un des deux êtres présents dans la relation.

Le téléphone a créé une fausse urgence relationnelle

Une amie traverse actuellement une grande période de transformation. Elle me pose beaucoup de questions et nos échanges peuvent être profonds.

Autrefois, j’aurais probablement répondu immédiatement, même fatiguée ou occupée.

Aujourd’hui, je commence par écouter mes besoins essentiels. Je me repose, je mange, je termine ce que je fais ou je retrouve mon espace intérieur. Ensuite, je réponds lorsque je suis réellement disponible.

Ce choix paraît anodin, mais il touche une attente très présente dans notre société.

Le téléphone portable a transformé l’accessibilité en disponibilité supposée.

Un message arrive.
La personne regarde si nous l’avons lu.
Si la mention « vu » apparaît, elle attend parfois une réponse immédiate.

Comme si lire créait une obligation.

Comme si posséder un téléphone signifiait ouvrir en permanence la porte de notre espace intérieur.

Cette exigence peut devenir toxique. Elle remplace le rythme humain par l’immédiateté numérique.

Lire un message ne signifie pas disposer de l’énergie nécessaire pour répondre. Une personne peut ouvrir une conversation, être interrompue, avoir besoin de réfléchir ou simplement choisir de revenir à elle avant de s’engager dans l’échange.

Je peux aimer une personne et lui répondre plus tard.

Je peux accueillir son besoin sans en faire immédiatement ma mission.

Je peux être présente sans rester disponible à toute heure.

De la peur à l’équanimité

Autrefois, lorsque je pensais à moi, je ressentais un nœud et de la peur.

Aujourd’hui, je ressens davantage de sérénité et de joie, d’une manière équilibrée.

Je nomme cet état l’équanimité.

L’équanimité ne signifie pas devenir froide ou indifférente. Elle permet d’accueillir ce que je ressens sans me laisser emporter par la culpabilité, la peur ou l’urgence de l’autre.

Je peux entendre la déception d’une personne sans abandonner automatiquement mon choix.

Je peux ressentir son émotion sans la porter à sa place.

Je peux aimer sans me quitter.

Cette sérénité s’est construite progressivement. Chaque fois que j’ai respecté une fatigue, différé une réponse ou posé une limite cohérente, j’ai montré à mon corps qu’il pouvait me faire confiance.

Me choisir ne signifie pas rejeter l’autre

Penser à soi peut réveiller une ancienne peur : celle d’être jugée, rejetée ou accusée de ne pas aimer suffisamment.

Pourtant :

Me choisir ne signifie pas rejeter l’autre.

Penser à moi ne retire rien à l’amour que je porte aux autres.

Le sacrifice n’est pas une preuve d’amour.

Et surtout :

L’amour n’est pas l’oubli de soi.

Lorsque je prends soin de mes besoins essentiels, je peux rencontrer l’autre depuis un espace plus vrai.

Je donne parce que je le choisis.
Je réponds lorsque je suis disponible.
Je me repose avant de m’effondrer.
Je crée sans devoir justifier chaque minute de joie.

Je quitte peu à peu la recherche d’« être aimée » pour entrer dans une autre expérience : aimer être.

Aimer être présente dans mon corps.
Aimer être responsable de mon énergie.
Aimer être en relation sans devenir le carburant permanent du lien mais bien, unir nos carburants ensemble pour aller plus loin.

La vraie générosité ne demande pas de disparaître.

Elle naît d’une présence assez pleine pour partager sans se vider.

Pour aller plus loin

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Adeline Petit — coach de vie, hypnose et autrice de Nos Âmes Cœurs.

Que nos égos deviennent égaux.

Adeline PETIT

Coach de Vie, auteur et entrepreneur en intelligence émotionnelle.

https://www.phoenixadelinepetit.com
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