La colère n’est pas toujours le signe que tu as tourné la page. Parfois, c’est la dernière façon de rester attaché·e à l’autre.

On parle beaucoup de colère après une séparation.

De la colère contre l’autre.
Contre ce qu’il a fait.
Contre ce qu’il n’a pas fait.
Contre ce qu’on a donné.
Contre ce qu’on n’a jamais reçu.

Et parfois cette colère est parfaitement légitime.

Mais il y a quelque chose dont on parle beaucoup moins :

on peut avoir raison d’être en colère… et quand même se perdre dans cette colère.

Parce qu’à force de regarder uniquement ce que l’autre nous a fait, on finit parfois par ne plus regarder ce que cette relation nous demande maintenant de comprendre sur nous-mêmes.

Et ça, je l’ai appris très jeune.

J’avais 22 ans quand j’ai compris qu’aimer quelqu’un ne suffisait pas toujours pour continuer avec lui.

Il s’appelait Julien.

À un moment de notre relation, j’ai compris que quelque chose était terminé pour moi.

Pas parce que je le détestais.

Pas parce que je voulais le punir.

Pas parce que j’avais soudainement décidé qu’il était devenu une mauvaise personne.

Simplement parce qu’au fond de moi, je savais que je ne pouvais plus continuer cette relation comme avant.

J’en ai pris conscience au mois d’août.

Et pourtant, je ne suis pas partie immédiatement.

J’ai essayé.

Puis je n’ai pas réussi.

J’ai fait la séparation en deux fois.

Il m’a fallu environ six mois pour parvenir réellement à partir.

J’ai finalement réussi à terminer cette histoire au mois de février.

Et ce jour-là, j’ai pleuré toute la journée.

Vraiment.

J’avais les yeux complètement bouffis.

Parce qu’il y a une chose étrange que l’on comprend seulement lorsqu’on l’a vécue :

une séparation peut être profondément juste et profondément douloureuse en même temps.

Je savais pourquoi je partais.

Et pourtant j’étais triste.

L’un n’annulait pas l’autre.

Nous n’avons pas besoin de transformer quelqu’un en monstre pour avoir le droit de partir.

C’est peut-être l’une des choses les plus difficiles à accepter dans certaines séparations.

Il est beaucoup plus simple psychiquement de raconter :

« L’autre est mauvais, donc je pars. »

que d’accepter :

« J’ai aimé cette personne. Il y a eu du beau. Mais cette relation ne me convient plus. »

Parce que dans le premier scénario, la colère nous tient debout.

Dans le deuxième, il faut rencontrer la tristesse.

Et la tristesse ne donne pas immédiatement de puissance.

Elle nous place devant la perte.

Devant ce qui ne sera pas.

Devant ce qu’on aurait aimé réussir.

Devant les années investies.

Devant la personne que nous avons aimée et avec laquelle, malgré tout, nous ne pouvons plus continuer.

C’est probablement pour cela que tant de séparations se transforment en procès.

Il faut trouver un coupable.

Il faut décider qui a gagné.

Qui a perdu.

Qui a détruit le couple.

Qui avait raison.

Comme si la colère pouvait nous éviter de sentir le chagrin.

Symboliquement, j’aime beaucoup cette image :

la colère est du feu.
La tristesse est de l’eau.

Et parfois, nous utilisons le feu pour faire évaporer l’eau.

Seulement, l’eau n’a pas disparu.

Elle retombera ailleurs.

La co-responsabilité ne veut pas dire 50/50.

C’est là que je veux être très claire.

Dire qu’il existe une co-responsabilité dans une dynamique relationnelle ne signifie absolument pas que les responsabilités sont équivalentes.

Une relation peut devenir profondément asymétrique.

L’un donne énormément.

L’autre reçoit.

L’un s’adapte.

L’autre impose.

L’un porte émotionnellement la relation.

L’autre s’y repose.

L’un se tait régulièrement.

L’autre prend toute la place.

Les transvasements peuvent être immenses.

Et ils peuvent être complètement asymétriques.

Reconnaître cela est important.

Mais quelque chose devient dangereux lorsque nous utilisons ensuite cette asymétrie pour alimenter indéfiniment notre colère.

Parce qu’alors, même après la séparation, notre énergie continue d’aller vers l’autre.

Avant, peut-être que je me vidais pour sauver la relation.

Après, je peux continuer à me vider en ressassant tout ce que cette personne m’a fait.

Le mouvement semble différent.

Mais énergétiquement, il peut rester identique :

l’autre continue d’occuper le centre de ma vie intérieure.

Reconnaître ce que j’ai laissé durer n’efface jamais ce que l’autre a fait.

C’est probablement la partie la plus inconfortable.

Parce que nous pouvons avoir vécu une injustice réelle et néanmoins nous demander :

Pourquoi suis-je restée ?

Pourquoi ai-je accepté cela si longtemps ?

À quel moment ai-je commencé à me quitter pour maintenir cette relation ?

Qu’est-ce que je n’ai pas osé dire ?

Quelle limite ai-je senti mais pas posée ?

Ces questions ne servent pas à se culpabiliser.

Elles servent à récupérer quelque chose d’essentiel :

notre pouvoir d’action.

Il y a une différence gigantesque entre :

« Je suis responsable de ce qu’on m’a fait. »

et :

« Maintenant que je comprends ce qui s’est passé, je deviens responsable de ce que j’accepte encore dans ma vie. »

La première phrase enferme.

La deuxième libère.

Alors, comment traverser réellement une séparation ?

1. Laisser la colère accomplir sa fonction sans lui donner toute la maison.

La colère peut être nécessaire.

Elle peut dire :

Stop.

Ça suffit.

Je mérite autre chose.

Je n’accepte plus ça.

Elle peut nous rendre l’énergie nécessaire pour sortir d'une situation.

Mais une fois la limite posée, elle ne doit pas devenir notre identité.

À un moment, il faut pouvoir entendre ce qu’elle protégeait.

Et très souvent, derrière elle, il y a simplement :

« Je suis triste. »

2. Autoriser la tristesse sans interpréter cette tristesse comme une erreur.

Pleurer quelqu’un ne signifie pas qu’il faut retourner avec lui.

Le regret ne signifie pas nécessairement qu’on s’est trompé.

La nostalgie ne signifie pas que la relation était bonne pour nous.

Le deuil est simplement le prix émotionnel de certaines fins.

Quand j’ai quitté Julien, j’ai pleuré.

Et pourtant, je savais.

Les deux étaient vrais.

3. Regarder l’asymétrie sans continuer à la nourrir.

Oui, peut-être que tu as donné beaucoup plus.

Oui, peut-être que l’autre a pris énormément.

Oui, peut-être que certaines choses étaient profondément injustes.

Mais aujourd’hui, une nouvelle question apparaît :

est-ce que je vais continuer à donner mon énergie à cette injustice ?

Pas mon pardon forcé.

Pas mon oubli.

Mon énergie.

Parce que sortir d’une asymétrie, ce n’est pas seulement quitter une personne.

C’est cesser d’alimenter le système qui existait entre nous.

4. Chercher la leçon, pas le coupable parfait.

Une relation terminée peut devenir une école.

Qu’est-ce que je sais aujourd’hui que je ne savais pas avant ?

Qu’est-ce que je repérerai plus rapidement ?

Quelles limites sont désormais non négociables ?

À quel endroit ai-je compris que je pouvais aimer quelqu’un sans me sacrifier pour lui ?

C’est là que l’expérience cesse uniquement d’être une blessure.

Elle devient aussi une connaissance.

Retrouver son axe

Pour moi, retrouver son axe après une séparation ne veut pas dire devenir indifférente.

Ce n’est pas oublier.

Ce n’est pas prétendre que rien ne s’est passé.

Ce n’est pas forcément pardonner.

C’est arriver progressivement à un endroit où l’histoire ne dirige plus notre système intérieur.

Pouvoir penser à cette personne sans partir dans une heure de colère.

Pouvoir reconnaître le beau sans nier ce qui nous a blessé.

Pouvoir reconnaître nos erreurs sans perdre notre estime de nous-mêmes.

Pouvoir reconnaître celles de l’autre sans avoir besoin de le détruire.

Et surtout :

pouvoir poser aujourd’hui les limites que nous n’étions pas capables de poser hier.

C’est ça, pour moi, transformer une séparation.

Pas :

« Je ne souffre plus. »

Mais :

« Ce que j’ai vécu m’a appris quelque chose.
Je sais mieux qui je suis.
Je sais davantage ce que je veux.
Je sais ce que je n’accepterai plus.
Et je peux continuer ma route en paix. »

Julien et moi sommes restés en bons termes.

Nous ne nous parlions plus vraiment.

Il n’y avait plus de relation à entretenir.

Mais il n’y avait pas besoin non plus de nous haïr.

Notre histoire avait simplement terminé son travail.

Et parfois, c’est peut-être ça, finalement, réussir une séparation :

ne plus avoir besoin que l’autre soit coupable pour avoir le droit d’avancer.

Et ne plus avoir besoin de rester en colère pour se souvenir de sa propre valeur.

Adeline Petit
Que nos égos deviennent égaux.

Adeline PETIT

Coach de Vie, auteur et entrepreneur en intelligence émotionnelle.

https://www.phoenixadelinepetit.com
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