Être conscient ne suffit pas : quand la compréhension devient une fuite élégante.
Il y a un moment, sur ce chemin, où l’on comprend beaucoup de choses.
C’est qui s’est passé pour moi depuis que j’ai commencé ce chemin en 2010-11, à la suite de mon premier éffondrement.
Alors :
On comprend ses blessures.
On comprend ses schémas.
On comprend son histoire, ses conditionnements, ses réactions.
Et souvent, cette compréhension fait un bien immense.
Elle met des mots là où il n’y en avait pas.
Elle redonne du sens à ce qui semblait chaotique.
Elle aide à ne plus se sentir fou, seul ou défaillant.
Mais il arrive aussi un moment, plus discret, moins valorisé, où une autre vérité se fait sentir :
👉 Être conscient ne suffit pas.
Le piège invisible de la compréhension.
La compréhension est précieuse.
Mais elle peut devenir un refuge.
Un endroit sûr, propre, maîtrisé.
Un endroit où l’on observe la vie sans trop s’y exposer.
Quand on comprend :
on anticipe,
on explique,
on contextualise,
on met à distance.
Et sans s’en rendre compte, la compréhension peut devenir une forme de contrôle doux.
On ne fuit pas la réalité de façon grossière.
On la regarde… mais à travers une vitre.
“Je sais ce qui se joue” : une phrase qui protège.
Je l’ai souvent entendue.
Je l’ai souvent prononcée.
« Je sais ce qui se joue. »
Cette phrase peut être vraie.
Et pourtant, elle peut aussi servir à ne pas rester avec ce qui fait mal.
Savoir ce qui se joue n’empêche pas :
la tristesse d’être là,
la colère de traverser,
la peur de se manifester,
le manque de faire mal.
Et parfois, dire “je sais” devient une manière élégante de ne pas sentir.
Quand la compréhension arrive trop vite.
Ce qui m’arrivait regulièrement car j’ai eu beaucoup de moment de sur-analyse. Alors là, le corps est magique, il se protège et même une action banal se bloque.
En effet, il y a une vitesse de la compréhension… et une autre vitesse du corps.
Le mental va vite.
Très vite.
Le corps, lui, a son propre rythme.
Quand la compréhension arrive avant que l’émotion ait été ressentie, quelque chose se court-circuite.
On saute des étapes.
On intègre “en théorie”.
Mais le corps, lui, n’a pas vécu la traversée.
Et ce qui n’a pas été vécu revient.
Sous une autre forme.
Dans une autre relation.
Dans une autre situation.
Pas pour punir.
Juste pour être senti mais surtout experimenter.
Mon expérience : comprendre ne m’a pas protégée.
J’ai longtemps cru que comprendre me protégerait.
Comprendre mes relations.
Comprendre mes élans.
Comprendre mes réactions.
Et dans certaines situations, cela m’a aidée.
Mais dans d’autres, la compréhension est devenue une armure fine, presque invisible.
Je pouvais tout expliquer… tout en restant profondément touchée, fatiguée, tendue.
C’est là que j’ai compris quelque chose de simple, mais dérangeant :
👉 La compréhension ne remplace pas l’expérience.
👉 Elle peut même la retarder.
Ressentir sans analyser : un apprentissage inconfortable.
Ressentir sans analyser demande du courage.
Cela demande de rester :
avec une sensation floue,
avec une émotion sans nom,
avec un inconfort sans explication immédiate.
Cela demande d’accepter de ne pas savoir tout de suite.
Et pour des personnes très conscientes, très lucides, très analytique, c’est souvent plus difficile que pour d’autres.
Parce que le mental est rapide.
Efficace.
Brillant.
Mais la vie ne demande pas d’être brillante.
Elle demande d’être vécue.
Quand la vie cesse de demander des réponses.
Il arrive un moment où la vie ne pose plus de questions.
Elle ne demande plus :
pourquoi,
comment,
à quoi ça sert.
Elle demande simplement :
« Eh oh ! Ici Newston. Terre à la lune .
Est-ce que tu es là, maintenant ? »
Elle te demande pas d’être conscient de ce qui se passe.
Mais présent à ce qui se passe.
Et cette bascule change tout.
La compréhension qui vient après est différente
Quand l’expérience a été vécue, la compréhension peut revenir.
Mais elle n’a plus le même goût.
Elle est plus humble.
Plus sobre.
Moins urgente.
Elle n’essaie plus de maîtriser.
Elle éclaire doucement ce qui a déjà été traversé.
Et surtout, elle ne cherche plus à remplacer le vivant.
Message clé
👉 Comprendre n’est pas vivre.
👉 Voir n’est pas habiter.
La conscience est précieuse.
La lucidité est nécessaire.
Mais rien ne remplace l’expérience directe, celle qui traverse le corps, le cœur, le présent.
Et peut-être que le vrai apaisement commence le jour où l’on accepte ceci :
On n’est pas ici pour tout comprendre.
On est ici pour être vivant.
Conclusion : quand comprendre laisse place à rencontrer.
Si j’ai écrit cet article, ce n’est pas pour discréditer la compréhension.
Elle m’a aidée.
Elle m’a soutenue.
Elle m’a permis de mettre de la clarté là où il y avait de la confusion.
Mais à un moment de mon chemin, j’ai réalisé que je comprenais très bien… et que je me rencontrais encore trop peu.
Comprendre mes blessures n’a pas suffi à les apaiser.
Comprendre mes relations n’a pas suffi à les habiter.
Comprendre l’amour n’a pas suffi à le vivre.
C’est cette bascule, silencieuse, intime, que je partage dans mon livre.
Nos Âmes Cœurs.
Un livre né d’expériences vécues, de relations traversées sans mode d’emploi, où la compréhension a parfois cédé la place à quelque chose de plus simple et plus vrai : la présence, la rencontre, l’incarnation.
C’est aussi depuis cet endroit qu’est née Alliance Intérieure.
Non comme un accompagnement pour analyser davantage,
mais comme un espace pour vivre ce qui a trop longtemps été compris à distance.
Un espace où l’on peut déposer les armures subtiles du mental,
ralentir,
sentir,
et laisser la vie faire son travail d’intégration.
Il n’y a rien à réussir ici.
Rien à prouver.
Rien à devenir.
Juste un mouvement de retour vers soi,
là où la compréhension se tait
et où le vivant reprend la parole.